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Acti Patrimoine - Acti Finance

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Assurance-vie taxée à 30 % : pourquoi c'est une erreur

Posté le : 10/04/2018

Hugo Bompard, statisticien économiste, est cofondateur de Nalo.
 
(Les Echos) (…) La première erreur de ce projet de loi est de traiter de la même manière l’épargne productive et l’épargne improductive. Malgré la volonté d'Emmanuel Macron, maintes fois répétée, d’orienter l’épargne des Français vers les entreprises, l’imposition uniforme de ce projet n’incite ni à la prise de risque ni au financement de l’économie.  Certes, l’impôt sanctionnera l’épargnant qui place son épargne dans le fonds en euros de son assurance-vie, majoritairement investi en capital improductif. Mais l’impôt sanctionnera dans les mêmes proportions celui qui finance les entreprises, petites et grandes, via les unités de compte de son assurance-vie. (…) Il est prévu dans la loi qu’aucun ancien versement ne soit soumis à cette « flat tax ». Autrement dit, tout épargnant ayant constitué son patrimoine ces dix, vingt ou trente dernières années, échappera à la hausse d’impôt. (…) Les effets pervers de cette disposition ne tarderont pas à se faire sentir.  En premier lieu, l’épargnant sera davantage captif de sa banque. Pourquoi ouvrirait-il un contrat d’assurance-vie chez un concurrent, alors que sur son contrat actuel, ses intérêts sont moins taxés ? Cela ne manquera pas de plonger le marché de l’assurance-vie dans l’immobilisme. Pourquoi innover quand la clientèle est captive ? (…) Exonérer d’impôt le stock actuel d’assurance-vie a un second effet : celui de privilégier une classe d’âge au détriment de toutes celles qui suivent. Environ 45 % des plus de 50 ans possèdent un contrat d’assurance-vie, ils ne sont que 22 % parmi les moins de 30 ans. Sur les 1.600 milliards que représente l’assurance-vie, 75 % sont détenus par les plus de 50 ans, 13 % pour les 40-49 ans, 9 % pour les 30-39 ans et moins de 3 % pour les moins de 30 ans. Ne pas taxer les versements antérieurs, c’est privilégier les plus âgés et pénaliser les plus jeunes. (…) Qui plus est, c’est faire payer les jeunes épargnants pour des largesses (la dette publique) dont ils n’ont pas profité.